Dernier bourbier de la Turquie: intervention en Libye

En surface, l’intervention turque dans la guerre civile libyenne semble être une décision avisée sur l’échiquier énergétique de la Méditerranée orientale, une vérification des plans d’un consortium de l’Union européenne (UE), de la Grèce, de l’Égypte, d’Israël et de Chypre pour exploiter l’offshore gisements de gaz et de pétrole là-bas. En échange d’un soutien militaire, le gouvernement d’accord national (GNA) assiégé par la Libye à Tripoli a signé en novembre dernier un accord qui repousse les frontières maritimes de la région, donnant à Ankara un siège à la table. Ou du moins, c’est ce que le président turc Recep Tayyir Erdogan espère. Mais «espoir» et «Libye» ne sont pas deux mots qui s’imbriquent facilement, et Ankara constate que l’intervention turque ressemble moins à un mouvement dans un jeu de manœuvre habile qu’à un bourbier à l’ancienne. Pourquoi l’autocrate turc pensait que choisir son camp dans une guerre civile était une bonne idée est difficile à comprendre, surtout après sa débâcle en Syrie. Lorsque la guerre civile syrienne a éclaté en 2011, Erdogan est intervenu des deux pieds, armant et alimentant l’opposition au gouvernement de Bachar al Assad, aidant les extrémistes d’Al-Qaïda à traverser la frontière turque et prédisant que les jours du régime de Damas étaient comptés. Neuf ans plus tard, la Turquie regorge de 3,8 millions de réfugiés et les alliés d’Ankara s’accrochent à peine à la province syrienne d’Idlib, dans le nord-ouest. Alors que l’invasion de la Syrie par la Turquie l’année dernière a chassé la plupart des Kurdes de la frontière orientale de la Syrie avec les Turcs, les troupes syriennes et russes ont bloqué les plans d’Ankara pour un cordon sanitaire de 20 milles de profondeur vers lequel elle pourrait déplacer des millions de réfugiés. Après près d’une décennie d’intervention, Erdogan trouve son armée embourbée du côté perdant d’une guerre civile, un mécontentement grandissant chez lui à l’égard des réfugiés et de l’économie, et regardant à l’écart par Moscou et Damas. Et encore une fois, la Turquie est en train de choisir son camp dans une guerre civile, et celle-ci à plus de 1 000 kilomètres des Turcs…

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